Les Familiers
(Petites topographies des familles sous forme de diaporama, de journaux retrouvés et de chansons courtes à l’usage de ceux qui regardent dans l’autre sens).
1999 - 2000


Production : Ouvre le chien,
 Théâtre d’Angoulême ,
 Office Artistique de la Région Aquitaine,
 Les Chantiers de Blaye



Il y a toujours un moment privilégié entre les gens qui se réunissent à l’occasion d’un dîner ou d’une fête familiale, où le fil tendu de la fraternisation, invisible se déroule autour des intimités comme une maille qui saute et laisse apparaître les petits trous des chairs dévoilées. 
Ce petit moment précis, où souvent l’alcool ou la satiété aidant, les êtres mettent au jour d’une lucidité nouvelle, les épreuves photographiques des sensations intérieures et secrètes. Les uns ouvrent des tiroirs où l’on dissimulait jalousement une vieille lettre jaunie par le temps, les autres feront écouter religieusement l’instant précis de cette chanson rejaillie d’une nostalgie clandestine. Celui-là détrône du haut de son armoire, un jouet ancien conservé intact dans son emballage poussiéreux. Elle, offrira quelques sourires amusés à ces visages disparus... Ce petit moment où les gestes empressés s’apparentent à une chorégraphie du désordre qui s’organise maladroitement autour des vestiges découverts, comme le chaos mystérieux des chambres d’enfants. 
Ici, c’est à chacun son histoire...22 Février 98, Honfleur. Déjà la recherche d'une origine, d'une précision. 
De retour d'une série de repérages à Caen pour l'exploitation de trois spectacles de la compagnie, Honfleur dont on m'avait conté les mérites. Honfleur, son bassin, son port, ses peintres. Un bout de France comme un morceau d'image d'Epinal dont on se rassasie allégrement lorsque une compagnie à la chance de "tourner" ou tout au mieux de voyager... Ce 22 Février, après avoir chargé le coffre de la voiture, louée pour l'occasion, des fleurons de la gastronomie locale (cidre, calva, poiré), je tombe sur une foire aux collectionneurs. Ici, la notion de pause s'accompagne des vertus d'un "dimanche à remplir" de l'opportunité d'un tel exotisme. La voiture garée, fermée à clefs, nous fonçons vers les Halles à sel, en négociant quelques images volées à la réputation de la cité radieuse.
 Dans l'antre s'étalent pêle-mêle, les Pin's dont personne ne veut plus entendre parler, les disques de l'inusable Johnny Halliday, les timbres transparents à force d'usure, les boîtes de camembert, les montres Swatch, les poupée barbantes, les porcelaines limogées de leurs propriétaires, les cartes posthumes et autres vis déformées... 
Des allées de venus- là pour occuper le temps et encombrer leurs espaces d'objets rapportés, totems dérisoires d'une mémoire à fabriquer. 
Des collectionneurs de collections. 
Et puis, sur une table, cet amas de planche éducatives datées des années soixante, à la sanguine ou au fusain. Soulevant l'une puis l'autre, des petits enfants agenouillés, un chien qui pourrait s'appeller Rex, une maman gentille, un docteur prévenant, une table de cuisine en formica, un paquet de farine Francine, mais surtout des envies naissantes. Sortir de cette matière endormie des pistes de jeu, des tours déjoués, des bribes de bravoures ou des bavures à savourer. Construire notre théâtre sur ces impressions nouvelles. 
Un chèque de trois cent quatre vingt francs, qui a dit que les rêves coûtaient chers?

Renaud Cojo

Extrait
Dans la cour de récré, la mode des billes est revenue et tout le monde y joue. 
Moi je fais équipe avec De Rochelière et on joue gros avec les berlons et les cinquante. Les terres, les agates, les loupes, les iris, les porces, les araignées ça nous intéresse pas, on les laisse aux petits joueurs. 
Nous on fait des pyramides de quatre avec nos berles et les tireurs se mettent au trait et doivent la décaniller en deux coups. Avant c’était trois coups, mais on a trop perdus de pyramides. Du coup maintenant on est les rois du berle et du cinquante en fer. Parfois on les joue au triangle mais c’est trop lent et ca rentre pas dans le temps d’une seule récré, alors le rendement est nul. De Rochelière et moi on est super associés et on nous appelle les Frères Berlons. Ce soir avant l’étude, pour fêter notre centième cinquante, on est allé fumer une Flash 78 dans les W.C, et après pour s’enlever l’odeur on a piétiné une crotte pour pas qu’on nous suspecte. 
Maintenant dans le dortoir ça pue mais on a cent berlons


Presse

Cojo, sociologue d’origine, se livre avec délices à une sorte de redécouverte ethnologique des années 50 - qu’il n’a évidemment pas connues - avec quatre comédiens qui exercent leur talent à raconter des pans de mémoire familiale, sous forme de diaporama”... Valérie Ancel, Kader Baraka, Véronique Caille et Hubert Chaperon savent chanter et leur hymne au Formica est une petite merveille. Cojo, à partir d’objets et documents retrouvés a fabriqué un langage théâtral intelligent et efficace. 
C’est encore plus fort que ses désormais célèbres Taxidermistes. On y retrouve le décalé, l’intempestif, le mauvais goût revendiqué comme valeur sûre, la dérision, le refus du narratif - ce spectacle avance par saccades, et c’est à prendre ou à laisser. L’importance accordée à l’espace considéré est un des éléments majeurs de la matière théâtrale qui refuse le théâtre pour mieux le rattraper."
Philippe du Vignal  (Cassandre)

Ces rites intimes, ridicules ou dérisoires Cojo les balance avec un vrai culot, alignant les stéréotypes pour mieux les déformer et les faire imploser... On à affaire à un machin tellement bizarre, cocasse, loufdingue, que l’album de famille, identifiable par fragments, est finalement impossible à classer. C’est le charme de la chose que de n’appartenir à aucun genre référencé... 
Ce qui surgit de cet heureux fatras se situe plutôt dans le rapport que chacun entretient avec soif de désordre et les perturbations possibles d’un théâtre à réinventer sans cesse.

Sophie Avon (Sud Ouest) Dans une mise en scène très originale
Renaud Cojo propose un un bazar inextricable, un enchevêtrement de situations et de moments hétéroclites. Cette pièce jouée sur de faux rythmes avec une alternance de silences gênés et déchaînements déjantés, ne peut empêcher le spectateur de chercher des références à son propre passé... Il en a sorti des chromos beaux comme il faut, des stéréotypes gonflés à bloc jusqu’à la caricature. Sur la scène, alors que règne un immense charivari, les comédiens, avec beaucoup de justesse restituent des flots d’émotions qui sautent du coq à l’âne, d’un individu à un autre.
Philippe Gonin (La Montagne)

 


Equipe

Texte et Mise en Scène : Renaud Cojo. 
Avec : Valérie Ancel, Kader Baraka, Véronique Caille, 
Hubert Chaperon. 
Scénographie : Bruno Lahontâa. 
Conception lumière : Eric Blosse. 
Régie lumière : Eric Blosse. Musicale originale : Chazam. 
Chanson : Chazam, Renaud Cojo
. Voix additives : Kate Combault, Roméo Fidanza, Laetita Ithurbide, Pascal Sauzy
. Prises de vue photo : Xavier Cantat. 
Régie son : Renaud Cojo
. Régie générale : Eric Blosse. 
Communication et Administration : Thierry Rousseau. 
Coordination : Anne Latournerie



Vu à

La mémoire ne nous a pas permis de retrouver le calendrier précis de chacune de ces représentations :
Théâtre d’Angoulême, Cuvier de Feydeau à Artigues, Théâtre Municipal de Bègles, Festival " Les Chantiers de Blaye ", Théâtre Molière Bordeaux, Salle Jean Vilar Eysines, Le Liburnia à Libourne, Centre Culturel de Terrasson, Théâtre des Sept Collines Tulle, Théâtre Georges Leygues Villeneuve sur Lot


bande son / extraits  :

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portfolio :

 

Design : Franck TALLON

Photo : Xavier CANTAT

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Photo : Xavier CANTAT


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Photo : Xavier CANTAT


Photo : Xavier CANTAT


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