Elephant People

2007 - 2008 - 2009


(Sideshow, Pop Opéra)


Production : Ouvre le chien / Le Carré des Jalles / Théâtre National Bordeaux-Aquitaine / Office Artistique de la Région Aquitaine / L’Hippodrome, scène nationale de Douai / La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée / Le Merlan, scène nationale de Marseille.
Avec l’aide de : La Spedidam, l’Adami, El Mediator à Perpignan et le soutien du Théâtre des Sept Collines – scène conventionnée de Tulle, et l’Agora – scène conventionnée de Boulazac


« Nous sommes la rencontre du plus scandaleux, du plus obscène, nous sommes l’association des contraires,  nous sommes l’histoire qui concilie l’inconciliable, nous sommes un monde où l’entendement et la raison se compromettent »
Les « freaks », chefs d’œuvre de l’insolite invités spéciaux de Elephant People, Opéra Pop mis en musique par The Married Monk , un talk-show sonique conçu par
Renaud Cojo, écrit par Daniel Keene qui signe une élégie hypnotique aux victimes d’une norme imposée comme modèle référent.
Quand l’opéra rencontre la pop, quand les monstres prennent la parole pour dire le monde d’aujourd’hui .

Elephant People est une oeuvre qui rassemble les grandes figures emblématiques de la monstruosité autour du personnage « fondateur » de Joseph Carrey Merrick (1862-1890) dit Elephant Man.
Inspiré des expositions de phénomènes et prodiges humains, le « freak show » de P.T. Barnum, ce spectacle est une lecture actualisée de la figure du « monstre » à travers un talk-show destiné à être diffusé en différé sur une grande chaîne publique.



Motif dramaturgique
Répondant au principe de la commande adressée à Daniel Keene pour le livret et à The Married Monk pour les compositions musicales, Elephant People endosse un motif dramaturgique complexe dont Grace Mac Daniel, la célèbre femme à face de mule (1888-1958), dessina les contours malgré elle, grâce à son témoignage actif :
« Nous sommes la rencontre du plus scandaleux, du plus obscène, nous sommes l’association des contraires, des différences, nous sommes l’histoire qui concilie l’inconciliable, nous sommes un monde où l’entendement et la raison se compromettent ». En repoussant le normatif vers des horizons où la fiction accède au statut de réalité, l’humanité se découvre dans son profond bouleversement à travers la présence de ces corps contraires. Et plus tard, Serpentina, l’illustre femme-serpent privée d’os, de poursuivre : « Nous les monstres, aujourd’hui chefs d’œuvre de l’insolite, ne sommes-nous pas les éclaireurs avancés de l’humanité de demain ? » Inverser les regards portés sur la réalité de ce monde afin de pénétrer le mystère des possibles des lois de la nature, approcher le fantastique comme une partie invisible de soi-même, tels sont les arguments majeurs de cet opéra pop.
Transposition du réel à travers ces présences monstrueuses dont les vies ne se sont pas forcément croisées d’une manière chronologique afin de figer une parole universelle, intemporelle. La baraque de foire au XXIe siècle ou freak show autrefois, serait aujourd’hui probablement cette tribune ouverte, genre émission de débat TV ou pseudo loft réel. Le rideau qui séparait les spectateurs des spécimens humains, remplacé par le défi technologique de l’image et de ses distorsions.
L’image truquée, notamment par la publicité, offre la primauté du culte du corps. Ici, le débat télévisé supplante donc la baraque de foire et le drame se noue off micro. Joseph Carrey Merrick dit l’Homme Eléphant y présente les figures emblématiques des monstres de foire (Jo-Jo l’Homme chien, Clémentine Delait la Femme à barbe, Eng et Chang les premiers frères siamois, Jean-Jacques Libbera l’Homme au frère parasitaire, Vincent Mc Doom « créature » médiatique). D’une façon allégorique, les témoignages de chacune de ces vies s’entrecroisent sous forme de dialogues et de songs.

Elephant People est donc un opéra qui met en scène une émission TV de talk-show en train de se tourner pour une diffusion en différé.
L’intégralité des codes d’une telle entreprise ne sont pas conservés dans leur globalité (chauffeurs de salle, distorsion du temps, réalités posées par les problèmes de tournage…) Cependant la mise en scène conserve les pauses (off tournages) destinées originellement aux changements d’axe des caméras où changements de décor…Ici c’est dans ce « off », cette absence de tension, que le drame prend sa source, et la musique joue. Toujours.
Parmi nombre de ces « prodiges » dont regorge la grande histoire du Sideshow, le projet Elephant People s’attache particulièrement à faire revivre certaines figures de cette légende sans le souci d’une chronologie réelle, s’attachant plutôt à créer des rencontres improbables (d’un point de vue temporel) afin d’entretenir le mystère des productions de la nature et leur résonance entretenue au sein d’un « collectif » purement imaginaire.

Véritables vedettes ou « stars » à leur époque respective, nous nous intéresserons aux personnages suivants :
Joseph Carrey Merrick (1862-1890) dit Elephant Man
Eng et Chang (1814-1874) les premiers frères siamois
Jean-Jacques Libbera (1884-1934), l’homme aux deux corps
Jo-Jo (1868-1903), l’homme à tête de chien
Vincent Mc Doom ( ? ) créature médiatique
Clémentine Delait (1865-1939) la femme à barbe


Presse
Elephant people propose un théâtre organique dont la forme, à haute technicité, métaphorise comme les automates et les machines du XVIIIè siècle, l’organicité du corps humain et plus largement, du vivant. Sous la peau, les rouages d’une vie autonome et qui n’a pas de centre, donc d’identité fixe.  Ce que l’observation apprend, c’est qu’un sujet d’aspect difforme et parfois infra humain peut vivre ; le monde organique continue de s’assembler et de fonctionner malgré des dissemblances dans l’apparence humaine. Il y a une autonomie du vivant, une impuissance de la volonté humaine qui suggère une possession, une transe, un pathos de la vie. Le monde du corps échappe relativement, obscurément, et de cette faille entre la définition de soi et l’identité organique, qui se décline entre individu et famille, entre singulier et collectif, de cette déchirure jaillit l’angoisse de l’horreur et de la dégénérescence, de la mort, d’un excès qui nous emporte et nous rappelle notre appartenance à un cosmos démesuré, de la taille de l’univers. Les moyens sonores, lumineux et vidéos de mise en scène traduisent ce débord et ce vertige. Ils mettent en scène un lyrisme, un indicible dans la parole, du pathétique et de la douleur, du cri de l’homme prisonnier de l’infini. Car c’est de cela aussi qu’il est question, d’une pathologie de l’humain, au-delà même d’un enfermement claustrophobe dans des représentations qui sont nécessaires pour définir un espace habitable.
Sous cet angle, Elephant people est plus qu’un barnum, qu’une baraque de foire, ou un grand poème surréaliste kitsch ; il n’en a que les appâts séducteurs, piégeant notre goût éventuel pour le grotesque. Les prothèses de l’homme à tête de lion ou des frères siamois ne font illusion qu’un premier temps, et très vite nous font sentir que la première question qui nous vient de savoir si c’est possible, cache une seconde question plus inquiète de nous demander si nous ressemblons à cela. Sifan Shao qui joue le siamois est avant tout d’une grande beauté séductrice dans sa présence mystérieuse et comme inatteignable, et il peut faire l’effet d’une monstruosité. Si
Renaud Cojo semble alors nous rassurer en dénonçant son théâtre comme un trucage (non, ça n’existe pas vraiment, les monstres), il rend alors perceptible la seconde question, sur l’identité, plus inquiétante et indicible, qui suggère que ce qui est désigné de monstrueux est ce qui est unique, donc qui n’est pas représenté. La grosse ficelle de la critique de la télévision comme fabricant du faux sensationnel paraît alors trop évidente pour être le cœur du sujet. La présence de Vincent Mc Doom montrant au passage le ressort, que ce soit à la télévision ou ailleurs, des productions documentaires ou réalistes (un élément réel fait croire à la réalité de l’ensemble où il est produit), serait d’ailleurs contradictoire puisqu’il vit de la télévision et que dans la conversation, il dit volontiers lui devoir beaucoup, notamment d’avoir trouvé à être regardé comme un autre. Renaud Cojo n’a certainement pas pour seul objet cette critique consensuelle du mensonge de la télévision ou de toute prétention à représenter la réalité.
Singulier et politique. Évidemment, le monstre n’est pas seulement une création imaginaire d’une fantasmagorie inconsciente. Il existe de réels êtres difformes et inclassables. Mais le succès, le drame des monstres et l’inflammation publique pour leur cause, y renvoient directement, comme à des phobies enfouies. Le cas de l’hermaphrodite, joué par Vincent Mc Doom, est révélateur. La passion publique dans presque toutes les cultures, contre l’homosexualité et les sexualités différentes, montre aussi comment l’identité se forme par exclusion des dissemblances et non pas connaissance de soi. La plupart des sociétés aujourd’hui ne demandent pas aux individus ce qu’ils sont, mais de chercher l’intrus et de le désigner, et d’ainsi se définir. Le concept de normalité sert de référence à une définition phobique de l’identité. Sous des sociétés très normatives, tout un bouillon de culture de réelles monstruosités politiques ou sociales mijotent, qui font droit à l’ostracisme, à la délation, à la mise au ban, à la vindicte et à la diffamation.
Elephant people est aussi une pièce sur l’identité, sur le singulier et le commun, avec une portée politique. Le titre, en référence au film de David Lynch Elephant man sorti en 1980, indique ce glissement de la curiosité pour le singulier à l’intérêt pour la pluralité. Un ensemble plural n’est pas composé d’éléments identiques ; aussi une communauté politique est d’abord un assemblage de singularités ou une assemblée qui a des procédures pour accueillir et reconnaître la différence. Le personnage de Merrick qui dans le film de Lynch est celui de l’homme monstrueux mais enrichi d’une humanité supérieure, selon la rhétorique manichéenne propre au cinéma américain, devient celui du présentateur télé monstrueux dans son exploitation commerçante de la différence. En brouillant les frontières entre l’ordinaire et l’extraordinaire, entre le normal et l’anormal, entre le repoussant et l’attirant,
Renaud Cojo éclaire l’objet monstrueux sous ses innombrables facettes pour faire réverbérer nos paysages ordinaires, de leur étrangeté.
Mari - Mai Corbel (Mouvement, Février 2008)

Cet Elephant People, on peut l’avaler , à la louche, comme une satire de ces freak shows des temps modernes, pudiquement rebaptisés talk-shows, qui se repaissent de monstruosités humaines . le parallèle est imparable, la mise en scène, irréprochable. Tout est là, et même plus qu’il n’en faut. En arrière-goût, ce millénaire appétit humain pour la mise en scène des « monstres » aux frontières de la norme.
Cathy Blisson (Télérama, Mars 2008)

Ce qui frappe aussi, par delà la prestation singulière de ses comédiens, c'est la bande son de The Married Monk qui accompagne tout du long sans faiblir et soutient la mise en scène de son pouvoir d'évocation. Malgré la difformité, la rage et la douleur, l'harmonie se fait grâce aux spoken words de Christian Quermalet et à la musique de ses complices, tantôt très rock et pleine d'énergie, tantôt presque ambiante, vibrant des échos analogique du clavier d'Etienne Jaumet, moitié du duo Zombie Zombie. Indéniablement la grande claque du Tilt Festival de cette année ! Respect.
Fluctuanet (Mars 2008)

La tension est constante et le déploiement de moyens impressionne. Une réussite.
Jacques Corot (La Provence, Mars 2008)


Equipe
Conception / Mise en scène : Renaud Cojo. Livret : Daniel Keene. Traduction : Séverine Magois. Musique et interprétation : The Married Monk. Scénographie : Philippe Casaban et Eric Charbeau. Conception images : Benoît Arène et Renaud Cojo. Vidéos additives : Christophe Barbet et Thierry Lahontâa. Lumières : Eric Blosse. Sound designer : Victor Severino. Costumes : Sandrine Lucas. Construction décor : Bruno Coucoureux. Prothèses: Annie Onchalo, Alexandre Haslé. Maquillage : Elsa Gendre. Steady screen: Marc Valladon. Baraque foraine : Bruno Loire. Graphisme : Philippe Lebruman. Régie Générale : Emmanuel Bassibé. Assistante de Production : Krystel Vergne. Administration : Thierry Rousseau. Comptabilité : Anne Latournerie Dulucq
Avec : The Married Monk : Nicolas Courret, Etienne Jaumet, Philippe Lebruman, Christian Quermalet
Guests : Delphine Censier, Pascal Dubois, Vincent Mc Doom, Léon Napias, Clarice Plasteig, Sifan Shao, Jean-François Toulouse


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Le CD du spectacle est disponible ici.



Calendrier

02.03.2009 : Onyx-La Carrière
13.12.2008 : Le Cratère
12.12.2008 : Le Cratère
02.12.2008 : Théâtre Auditorium
19.10.2008 : La Ferme du Buisson
18.10.2008 : La Ferme du Buisson
04.04.2008 : L’Agora                                  
01.04.2008 : Les Sept Collines
28.03.2008 : Le Merlan
27.03.2008 : Le Merlan
07.02.2008 :
Tilt Festival
31.01.2008 : L’Hippodrome
30.01.2008 : L’Hippodrome
27.01.2008 : T.N.B.A
26.01.2008 : T.N.B.A
25.01.2008 : T.N.B.A
24.01.2008 : T.N.B.A
11.10.2007 : Le Carré Des Jalles
09.10.2007 : Le Carré Des Jalles
Saint-Herblain
Alés
Alés
Poitiers
Marne – La – Vallée
Marne – La – Vallée
Boulazac
Tulle
Marseille
Marseille
Perpignan
Douai
Douai
Bordeaux
Bordeaux
Bordeaux
Bordeaux
Saint – Médard – en – Jalles
Saint – Médard – en - Jalles



bande son / extraits : :

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video :

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Trailer (2007)




portfolio :

 

Design : Philippe LEBRUMAN

Photo : Xavier CANTAT

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